Voici probablement l’une des photographies les plus célèbres de Nath-Sakura. C’est néanmoins l’une des moins étudiées.
Elle a été réalisée avec la modèle Sayuri et la maquilleuse Kelly Meunier en mai 2009 alors que la grande opération chirurgicale finale (une vaginoplastie) que devait subir l’artiste avait été reportée sine die par l’hôpital qui devait intervenir (la Conception à Marseille), cette photographie, vue par beaucoup de commentateurs comme une image d’espérance, se révèle pourtant absolument tragique à l’analyse.
Le cliché s’appelle « la dernière porte » (d’abord nommé « la grande porte » au cours de l’exposition Everything lust go de Marseille). Il montre ce qui semble être une femme, dont on ne voit que le dos, dans une robe superbe (en réalité réalisée en chambres à air usagées par le styliste Sylvain Coeur-Jolly), qui regarde l’horizon derrière un encadrement de porte noir.
Pourtant, il est évident que si elle franchit cette porte symbolique, elle n’ira nulle part ailleurs que là où elle se trouve déjà. Et si le ciel, tourmenté mais violemment ensoleillé à travers les nuages, peut donner l’impression d’un horizon, ou d’un espoir, celui-ci se situe malgré tout derrière une montagne, dont on devine les chemins tortueux pour atteindre le sommet (en l’occurrence ici, un volcan éteint près de Saint-Thibéry, dans l’Hérault, dernier vestige de la chaîne des Puy).
Par ailleurs, comme d’habitude dans les photographies de l’artiste, l’image est divisée en deux parties. D’un côté le ciel, coloré, fort et dynamique et de l’autre le sol, entre verdâtre et brun. La dichotomie habituelle qu’on retrouve dans ses autres images. La terre : le réel. Le ciel : l’imaginaire.
C’est donc l’histoire d’un mirage, d’un acte à la fois terriblement fort et magique, et férocement inutile et vain. Magique, parce que dans toutes la tradition des symboles, « passer une porte » c’est un acte magique. Le passage entre deux états, deux mondes, entre le connu et l’inconnu. Chez les anciens Egyptiens, la « Porte du soleil » (qu’on peut retrouver ici), c’est l’outil par lequel l’âme d’un défunt sort du monde et atteint le cosmos. Ici, on peut y voir la porte par laquelle l’artiste espérait renaître. Changer d’état, et comme elle le dit « changer de planète » (lire son texte sur le billet simple Mars-Vénus)
La « Dernière porte », c’est évidemment l’histoire intime de l’artiste, qui a sombré dans une période de dépression assez profonde pendant la période où a été réalisée cette image, l’une des rares de l’année 2009. Puisque la dernière porte s’était dérobée devant elle.
Mais elle met aussi en perspective la vanité des efforts humains. Des illusions et des constructions complexes de l’esprit qui laissent entrevoir des horizons jubilatoires dont l’achèvement s’avère finalement misérable.
On peut acheter une reproduction de cette photographie en grand format et en petit format.






Tellement vrai…superbe et mecri pour l explication
Bouleversée par l’explication ….
comment, Diantre, pouvoir imaginer une telle signification à cette si belle image … sauf à en être l’auteur ???? Pour le commun des spectateurs que je suis, c’est d’abord une très belle image que je vois et même si l’on se doute bien que l’auteur illustre par celle-ci un « ressenti », un état d’âme,c’est « juste » une ambiance que j’y trouve (sans chercher, au delà, L’Explication profonde).Ici, un pas qui reste à franchir pour quelqu’un qui a bien les pieds sur terre pour aller vers quelque chose de moins sombre, de plus brillant, de plus spirituel (?), de plus « divin » (?) ! maintenant, je sais de quel pas il s’agit !
bises à Nath, à son équipe, et à Nathalie Nouth … qui nous renvoie toujours à de nouvelles découvertes
Je vous remercie pour les explications, j’ai ressentie cette photos comme vous la décrivez ci-deçu,j’ai ressentis de cette façons car ma vie et actuellement comme ça, je viens de passer la porte …… très belle photos
Cordialement
Ukiyo.