Nath-Sakura a réalisé une performance existentielle dont son œuvre est le prolongement. Elle a placé son corps loin de la représentation (fonction de distraction, de mercantilisme) en le rapprochant au plus près de la re-présentation (fonction de « détournement »).
Son corps physique, émotif et spirituel, elle l’a investi pour devenir sujet au-delà du sujet. Elle parcourt ainsi en tant que pèlerin responsable l’étrangeté de la condition humaine entre le poids irréductible de l’altérité, et la recherche de ce qui est en processus de transformation.
Steiner souligne que : « Les arts sont enracinés dans la substance, dans notre corps humain (…) Lorsque le corps s’investit dans l’entreprise de l’esthétique, il est alors soumis à l’action qui consiste à animer et à éclairer la continuité entre temporalité et éternité, entre matière et esprit, entre l’homme et l’Autre ». Elle soutien par sa vie et son œuvre cette affirmation.
Elle a le mérite de se situer en totale opposition avec le « poussière, tu retourneras à la Terre ». Même si le corps est animal, poussière, terre, il est matière en formation, en gestation. Elle le sait plus qu’une autre, elle qui s’affiche nue dans sa plus grande vulnérabilité. Non submergée toutefois par la glaise mais par la métamorphose. Je dirais même une dissociation de l’esprit pour ne faire place qu’au corps.
On peut comprendre alors ce que signifie la notion « de corps au-delà des corps » élaborée par Didi-Huberman dans sa théorie sur la dissemblance de la figuration. Mais en remontant plus loin, l’Épître de Paul aux Corinthiens est un texte crucial pour saisir toute l’idée de son corps premier et second, second et premier, terrestre et céleste. « Toute chair n’est pas la même chair; mais autre est la chair des hommes. (…) Autre est l’éclat du soleil, autre l’éclat de la lune, et autre l’éclat des étoiles; même l’étoile diffère en éclat d’une autre étoile. Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible; il ressuscite incorruptible; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ». Et plus loin encore : « il est semé corps animal il ressuscite corps spirituel ». Le corps de Nath-Sakura porte et supporte le mystère. Son art met en lumière par sa pratique ses pressentiments. Ce n’est pas une forme de schizophrénie, c’est un rêve bien éveillé.
L’expérience de la traversée des sexes est une manière spirituelle d’appréhender le monde. L’intuition vive d’une sorte de présence mystérieuse, de quelque chose ou éventuellement de quelqu’un au-delà des limites habituelles de l’expérience humaine. Elle dispose ainsi d’au moins deux modes de pensée. La pensée réaliste pour qui une « table est une table« . À l’opposé Nath-Sakura est habitée par une pensée à caractère symbolique . Qui permet la création. C’est évidemment sur ce mode de pensée que repose la possibilité même de son langage artistique qui poussée à cette limite, permet de rendre compte de son expérience d’un tout Autre qui échappe à tout langage conventionnel.
Peut-on aller jusqu’à affirmer que l’identité de Nath-Sakura ne trouve son véritable sens que dans une expression créatrice ? Non. Ce serait exagérer. Sa création, c’est celle qu’elle est devenue, son passage du chaos au cosmos, du monde informe à la forme, de la naissance avortée à la Co-naissance, mieux : à Re-naissance.
Son corps appelait le scandale radieux de la transsexualité. Ce passage constitue le moyen privilégié d’une mise au mystère des corps. Il est avant tout lié à une idée d’altérité contre la dissemblance qu’elle éprouve en tant que mal premier, ce mal(e) qui aurait consisté à s’enfoncer dans la matière et à s’en rassasier. Plotin disait : « la dissemblance à soi-même deviendra la dissemblance à Dieu »… La recherche de son absolu échappe à la raison « instrumentale ». C’est peut-être pourquoi le succès artistique lui importe peu.
Elle n’oublie pas pourtant qu’il existe dans son travail photographique non la tentative d’entretenir un rapport de traduction et de répétition de l’exégèse corporelle mais une production (et non reproduction) toujours renouvelée, diversifiante (« bouleversifiante » disait un comique…), des mille et un réseaux du mystère de l’Incarnation féminine qui a donné forme et originalité au monde des images « afin de rappeler l’homme aux choses spirituelles par le mystère de son corps » (Saint Thomas d’Aquin).
Par son franchissement elle peut, plus qu’une autre, distinguer ce qui est féminité et ce qui est Femme.
Ainsi dénudé, l’œil dévoile, car la photographie dénude l’œil qui dévoile. Même s’il ne reste rien du premier miroir où le visage perdu au-dessus d’une épaule nue s’est mis aux arrêts de l’autre non encore advenu. La première fois demeure toujours seconde.
Manière de mettre de la distance et d’affranchir le regard. C’est le miroir qui s’immisce et glisse entre l’être non pour le diviser mais le réunir : l’un devient le désir, l’autre l’aveu du masque. Deux anges donc : dont le miroir montre le sillage et le sillon..
Le regard est en ce sens objet de perdition, la lumière un crime et le masque un nécessaire arrachement. D’une de ses mains Nath-Sakura tendit le miroir, de l’autre le fit trembler. Ce qui dénude n’est pourtant pas le masque mais l’œil en son fond. L’œil du miroir dénude le masque pour perdre le visage puisqu’il ne se reconnaît plus. C’est l’annonce du silence dont le corps porte la preuve tant qu’il demeure vivant.
Le désir défait l’apparence. Plus tard la photographie défait le regard et fait le désir. Sans le désir on reste prisonnier, on retourne contre soi-même des rêves de nausée. On reste l’autre qu’on refuse reconnaître : celui que l’on a cru voir et qui n’était pas sûr d’être lui-même. Qui se prend pour un autre, qui passait sans se voir. La photographie rapproche de l’inconnu, atteint son énigme. Faire de l’autre, le vrai l’hôte que le miroir ôtait jadis en quête de ce double avide et nécessaire.
Nath-Sakura ne laisse pas la proie pour l’ange et la bête en otage (spectre fardé d’un autre qui n’est pas). Afin de rendre évidente toute ressemblance l’artiste traverse le miroir comme une page où rien ne s’écrit. Il y a donc un moment où Narcisse ne possède plus de nom. Juste un matricule, un numéro : Nar 6. Tout est ravi, livré. Le regard esquive plus qu’il n’esquisse. Son masque s’avoue et se dissipe. Soudain le miroir se fend le miroir comme un oiseau fend l’air dans le voir et le nu. Nath-Sakura est entré dans le miroir pour prendre congé : le visage y traverse son masque sans être reconnu.
Et s’il fallait chercher l’ombre du miroir sous la photographie ? L’artiste s’offre en effaçant le masque. Cet écart sauve de soi : la photographie est le miroir brisé du simulacre. Elle est la vision remisée de l’aveu jusque là contrarié. Un fantôme est venu. Par le seuil de la métamorphose, la libération escomptée. Elle s’accompagne de la solarité du cri de joie de la délivrance mais du cri de douleur aussi.
Il faut à toute photographie son exode puisque le temps emporte jusqu’à l’ombre de l’image – celle déjà capturée et celle à venir. Celle qui se crée à la lumière présente, qui cherche à déployer la nudité du nocturne dans l’approche du néant.
De lui, sans doute, part le sentiment du divin – et non l’inverse. La photographie fonde ce que l’artiste est devenu dans la précaire « assurance » qui l’habite. Souffle de l’origine, de la « nuit sexuelle » qui tente, tant que faire se peut, de se respirer d’ailleurs. Comme le rien de la photographie l’artiste échappe au monde en étant rien sans lui. Il est son rien d’autre. Il reste son insondable priorité d’origine réelle. Son approche atteste l’absolu du rien, du tout. Il les nie autant qu’il les appelle. Il nie l’art comme il l’appelle.
Toute l’oeuvre de Nath-Sakura fait référence – à travers même celui de « modèles » – à son propre corps, qui s’engage dans un processus unique de création évoluant dans le temps. Elle le met dans l’épreuve de son désir de transformation comme la tentative de transgression d’un nouvel humanisme.
Nath-Sakura ne prétend pas aborder la question du sacré du corps d’un point de vue théologique ou psychologique. Elle opte pour une approche sensible, esthétique, personnelle, intuitive et subjective basée sur une dynamique de recherche et de découverte.
Elle engage le corps « publiquement » dans un rituel de métamorphose qui devient par analogie le symbole de la « pierre vivante » , image par excellente de la survivance. Il y a là un « Inside-Out » où l’étoffe même du corps à travers son regard pose une interrogation sur la relation à l’Autre. Ici, se situe toute la question du corps animal et de sa dissemblance à l’image de Dieu… La lutte entre les corps et le Corps, entre l’Esprit et les esprits, dans un désir de réconciliation des genres et des sexes. Ses « modèles » deviennent voyeuses des voyeurs dans l’intimité de la sexualité féminine. Il s’agit d’une célébration du corps féminin, d’un hommage à la peinture, un hymne à la plénitude de la vue selon les principes de « la survivance et de la plasticité du temps » (Didi-Huberman).
À travers cette recherche, les réels enjeux demeurent le corps, sa perception, ses identités et ses multiples définitions. À travers ses photographies Nath-Sakura tente de rassembler divers imaginaires par la mise en corps de votre vécu. Le corps et son sacré. Les deux formant une seule et même substance qui s’exprime.
Nath-Sakura explore le corps comme sujet de mutation. Elle invite le spectateur dans son univers où un sacré s’exprime par le corps. Dans sa pratique de la photographie action, le corps devient objet du « peindre ». Symbolisé, mise en scène, métamorphosé, il devient une image au-delà de l’image, une image cherchant le sens de la Présence (George Steiner, Réelles présences. Les arts du sens). Il devient par ses mises en scènes et ses « costumes » un univers des symboles qui permet d’illustrer des vérités abstraites ou encore lointaines. Ses typologies ont le pouvoir mystérieux de « transformer le corps physique, vulgaire, en corps qui porte et supporte le mystère » (Didi-Huberman, Fra Angelico, Dissemblance et Figuration). Ses « incarnations » peuvent être considérées comme un mystère du corps et de l’Esprit.
Le travail de Nath-Sakura se présente sous la forme d’un récit de vie. Elle explore un monde subjectif où la connaissance se construit sur l’expérience personnelle acquise par son histoire et ses connaissances esthétiques. Il n’y a ici rien de scientifique, ni de démontrable. Il n’est pas question d’élaborer de grandes théories théologiques, philosophiques ou psychanalytiques. Sa recherche est là pour envisager corps et esprit, masculin et féminin inter-reliés et co-dépendants. Le corps, le symbolisme et l’actualisation rituelle participent au même mystère, à la même sacralisation de la vie. Son œuvre tente de percer ce mystère dans un processus de dématérialisation de l’objet d’art et du corps qui place son acte d’artiste au rang d’oeuvre.
Yves Klein a ouvert une fenêtre sur la question. Le sérieux de ses recherches sur « la présence de la sensibilité picturale à l’état matière première » pose des assises solide à la pratique de l’art action qui peut illustrer le début du projet de recherche de Nath-Sakura. Il existe chez elle une possibilité de construire un concept objectif sur la subjectivité des croyances et sur l’engagement du corps dans le processus de réflexion et de création.
L’expérience de l’art peut-il changer le corps ?
Nath-Sakura expose à la Concorde Art Gallery – 179 Bd Lefebvre 75015 Paris (métro porte de Vanves). Le vernissage aura lieu, en présence de l’artiste, le 1er avril à 19 h 30. L’exposition dure du 02/04/2011 au 28/05/2011. L’ensemble des oeuvres présentées, tirées sur du lin monté sur châssis de bois, est proposée à la vente aux alentours de 1 000 euros.
Comme à chaque nouvel évènement organisé par la jeune femme, la problématique du corps, du genre, de la sexualité et de sa confrontation à la société est mis en scène de manière éclatante.
Concorde Art Gallery – 179 Bd Lefebvre 75015 Paris
Ouvert du Lundi au Samedi de 11h à 20h
Tel : 01 48 28 78 02 Accès au 1er étage
Métro : M° Porte de Vanves- Tramway : Station Brançion
Nath-Sakura lance une série d’affiches en série limitée à 100 exemplaires, vendues à prix modiques (18 €), signées, dont voici la première. On peut la commander immédiatement dans la boutique. La première est réalisée en souscription. Vous payez immédiatement, vous la recevez aux alentours du 1er mai. Celle ci mesure 1 m sur 70 cm, sur papier couché 100g. Les bénéfices seront redistribués à l’association Give2sia.org, en soutien aux victimes du Japon.
Le 12 Mars 2011 de 14 h à 22 h, le Museaav (Musée-Usine Espace d’Art Actuel et Virtuel), présente une journée complète dédiée à la sublimation de la femme d’hier et d’aujourd’hui. Nath-Sakura y présente une exposition exceptionnelle.
Museaav – 16 bis Place Garibaldi – 06300 Nice - L’exposition dure du 12 mars au 2 avril 2011 – Vernissage le 12 mars.
Contacts presse Charlotte Abel-Coindoz 06.27.68.89.45 et Chloé Naccache 06.37.99.92.76
Le dossier de presse complet est téléchargeable en pdf, en cliquant ici.
Le 12 Mars 2011 de 14 h à 22 h, le Museaav (Musée-Usine Espace d’Art Actuel et Virtuel), dédie toute une journée à la sublimation de la femme d’hier et d’aujourd’hui. Nath-Sakura y présente une exposition exceptionnelle.
Simone de Beauvoir disait : « On ne naît pas femme, on le devient ». Pour cet évènement, les femmes sont invitées à se faire maquiller, coiffer et masser gratuitement. Elles pourront s’initier à l’art de l’effeuillage burlesque pour éveiller la femme fatale qui sommeille en chacune d’elle et se laisser charmer par les danses indiennes de Jessminda. Elles voyageront à travers le temps grâce au défilé de la boutique Vintage Caprice animé par Lady Flo et découvriront le combat intemporel des femmes.
Pour finir elles apprécieront le show Misfits de la coiffeuse la plus déjantée du vieux Nice. Tout cela sous l’égide bienveillante de la photographe Nath-Sakura qui viendra présenter ses dernières oeuvres autour d’un cocktail. L’exposition de Nath-Sakura durera ensuite jusqu’au 2 avril.
Entrée libre pour les femmes.
Museaav – 16 bis Place Garibaldi – 06300 Nice - Du 12 mars au 2 avril 2011 – Vernissage le 12 mars
Contacts presse Charlotte Abel-Coindoz 06.27.68.89.45 et Chloé Naccache 06.37.99.92.76
Les expositions en cours
Ergo Sum, exposition à la galerie la Vitrine, 11 rue Jouvène, Arles, jusqu’au 26 février 2011.
Les expositions à venir
Du 2 avril au 25 mai 2011 – « Entre elles ». Concorde Art Galery – 179 Bd Lefebvre 75015 Paris (metro porte de Vanves). Vernissage le 1er avril.
7-22 mai 2011 - Dans le cadre du festival Supernova – Chai du Terral – Saint-Jean-de-Védas (Hérault)
27 Mai – 30 juin 2011 – Aubabe, leçons de photographie. Vernissage de la première partie le 27 mai. Vernissage de la seconde partie le 17 juin. Galerie A la Barak. 10, rue de la petite loge. 34000 Montpellier. 04.67.86.98.21
Juillet-Août 2011 – Fondation Bertold – Suisse.
Voici une première photo de l’exposition qu’on peut voir actuellement dans la très intéressante galerie La Vitrine, située 11 rue Jouvène, en Arles. Une maison provençale défraîchie et menaçant ruine, aux escaliers vertigineux, mais au charme vintage qui convient bien aux histoires que présente Nath-Sakura. Il y a quatre autres pièces à visiter. L’exposition dure jusqu’au 26 février.